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Échantillon de traduction — italien vers le français

Caterina Vigri, 1463

Une moniale du monastère du Corpus Domini écrit aux moniales d’autres couvents pour leur raconter la mort de Caterina Vigri, future sainte Catherine de Bologne, patronne de la ville aux côtés de saint Pétrone, et ce qui advint de son corps. Nous sommes en juillet 1463, et elle s’excuse elle-même de son « grosso scrivere ».

Shahinèze Chaker, « Le sang, l’eau, le lait et le lieu. Écrits et Vie de Catherine de Bologne (1413–1463) », dans Figures du sang dans l’Europe moderne : symboles, sciences, sociétés, sous la direction d’É. Belmas, C. Jori, C. Lucas Fiorato, S. Pech-Pelletier, S. Perez, J. Ruimi et H. Tropé, éditions Orbis Tertius, p. 431–455. Passages tirés de l’Annexe, p. 450–455. Traductions de l’autrice.
Prose épistolaire Lettera di notificazione, Monastère du Corpus Christi, Bologne, 4 juillet 1463 — manuscrit conservé à la Biblioteca Ariostea, Ferrare
Volgare, 1463

Poi, venuto el venerdì sancto, cum licentia andassimo la nocte a vederla, e levando la tonicha li avevano facto fare — la quale era de seta — trovassemo era tuta bagnata de quello sudore, e così asciugandola veniva da lei optimo odore. Et torandoli una suora uno poco de pelle de li piedi dove era stata schiçata subito gitoe sangue. Et quella nocte in la quale nui la vedessimo parea gli fusse descolati gli ochi e non parea averne niente. Et quando fu posta in questo deposito li avea belli como dormisse. Onde vedendo nui questi occhi così descolati ce atristassemo molto ; et serata, deliberassemo la nocte de Pasqua ancora vederla — poi che avevamo licentia — et aperta trovassemo esserlo venuto un ochio bello e rosso com la luce alquanto aperto : e stando lì vedessemo venire l’altro. E cossì la matina de Pasqua era tuta bella, che parea che çitasse raçi, et era colorita a modo di una rosa.

Français

Puis vint le Vendredi saint, avec une autorisation, la nuit, nous allâmes la voir et soulevant la tunique que nous lui avions fait faire, laquelle était en soie, nous découvrîmes qu’elle était entièrement trempée de sueur. Tandis que nous la séchions émanait de son corps une odeur optimale. Puis une sœur détacha un peu de peau des pieds à l’endroit où ils avaient été précédemment écrasés ; aussitôt en jaillit du sang. Cette nuit-là durant laquelle nous l’observâmes, on eût dit que ses yeux s’étaient liquéfiés ; elle semblait ne plus en avoir. Pourtant, lorsqu’on l’avait déposée dans la châsse, ses yeux étaient beaux comme si elle dormait. Aussi, voyant ces yeux si liquéfiés, nous nous attristâmes beaucoup, et après avoir refermé son cercueil nous décidâmes de la revoir la nuit de Pâques — car nous en avions obtenu l’autorisation. En ouvrant le cercueil, nous constatâmes qu’un de ses yeux était redevenu beau et irrigué de sang, et bien ouvert à la lumière. Puis ce fut l’autre œil. Aussi, le matin de Pâques, elle était si belle qu’elle irradiait, et elle avait le teint d’une rose.

Production poétique Caterina Vigri, Le sette armi spirituali, p. 18 — éd. critique A. Degl’Innocenti, Sismel-Edizioni del Galluzzo, 2000
Volgare, xve siècle

Vedi e gusta del dolce fonte / che dal destro lato sorge / e sentirai le ponte / che dal suo lato core ti porçe. / Per te tutto si storçe, chiamando ogn’om ch’ha sette : / « Di questa aqua bevete che dal mio core se stilla ». / O anima divota che d’amore sei ferita, / leva gli ochi e nota ch’egli è fonte de vita ! / Mira con mente afflicta tuto quello corpo sancto : / non gli è parte né canto che non senta la spina. / Però tu, spoxa mia, che Dio tanto offendisti, / sempre tuo spechio sia le piaghe del tuo Christo, / e gusta del pane misto con basi lacrimosi, / e sentirai responssi che ’l bom Ihesu propina.

Français

Observe et goûte la douceur de la source / Qui jaillit du flanc droit / Et tu sentiras les lames / Que, du cœur, il tend vers toi. / Pour toi, il se tord de douleur appelant chaque assoiffé : / « Buvez de cette eau que mon cœur distille ». / Oh, âme dévote qui souffre d’amour, / Lève les yeux et vois comme il est source de vie ! / Observe, l’esprit mortifié, ce corps saint : / Nul point de sa chair qui ne sente l’épine. / Mais toi, chère épouse, qui offensas tant Dieu, / Que les plaies de ton Christ soient ton miroir. / Et goûte ce pain mêlé de larmes et de baisers / Et tu sentiras les bienfaits que le bon Jésus propage.

Page de titre gravée des Atti o memorie degli uomini illustri in santità, Bologne, 1780.
Giovambatista Melloni, Atti o memorie degli uomini illustri in santità nati o morti in Bologna, vol. III, Bologne, Lelio dalla Volpe, 1780.

Caterina Vigri, née à Bologne en 1413, élevée à la cour de Ferrare, abbesse du monastère du Corpus Domini où elle meurt le 9 mars 1463.